James Cameron nous embarque à nouveau sur Pandora. Un troisième voyage qui éclabousse encore les yeux, mais souffre d'un air de déjà-vu.
Seize ans après la révélation du premier volet et trois ans après l’immersion azur de La Voie de l’eau, James Cameron rallume les braises de son opéra panthéiste avec Avatar 3 : De Feu et de Cendres, troisième mouvement d’une saga déjà tournée, bien balisée et pensée comme une arche narrative démesurée. On retourne donc sur Pandora, non plus émerveillés mais presque familiers, comme on revient dans un lieu que l’on avait laissé derrière soi. C’est la première évidence de cet épisode : cette fois, Pandora ne se découvre plus - elle se retrouve.
Car si Cameron continue de sculpter des images d’une précision maniaque, si chaque roche semble avoir été polie à la main, l’"effet waouh" technologique, celui que l’on attendait presque par réflexe, n’est pas au rendez-vous. Pas de déflagration visuelle comparable au choc de la 3D de 2009, ni de prouesse comparable aux tournages aquatique de 2022 ; juste la démonstration tranquille d’un cinéaste qui maîtrise désormais parfaitement un langage technique qu’il a lui-même inventé. Il nous avait prévenu, dans l’interview qu’il nous a accordée, qu’il n’avait "pas vocation à révolutionner le médium à chaque film", comme s’il fallait désormais regarder Avatar non plus comme une série d’exploits technologiques mais comme la continuité logique d’un monde qu’il affine à chaque opus.
Le paradoxe, c’est que cette sérénité créative met en lumière des failles narratives plus visibles qu’auparavant. On pourrait multiplier les exemples. Pourquoi la famille Sully embarque-t-elle avec Spider dans son périple alors que La Voie de l’eau en avait fait une bombe à retardement morale et stratégique ? Pourquoi Quaritch semble-t-il repartir en quête de la tribu maritime alors qu’il avait déjà foulé son rivage à la fin du film précédent ? Ces incohérences (et d’autres) ne ruinent jamais l’expérience, mais elles la fissurent, donnant parfois l’impression qu’on se trouve face à un récit contraint par la mécanique feuilletonesque d’une franchise devenue plus lourde que son propre souffle.
La sensation la plus persistante, cependant, c’est celle de la répétition : Avatar 3 rejoue avec une fidélité presque scolaire la structure du deuxième film - fuite, apprentissage, tensions intertribales, menace humaine, choc final - comme si Cameron revisitait sa propre partition sans oser en modifier les thèmes. Le film, à plusieurs reprises, ressemble à un reflet, une variation sans véritable rupture. On reconnaît chaque mouvement, chaque stratégie émotionnelle, et l’on commence à anticiper des séquences autrefois imprévisibles.
Mais il reste chez Cameron un instinct de conteur qui sauve l’ensemble du pur maniérisme. La trajectoire des enfants Sully, la fragilité grandissante de Neytiri, la puissance de Varang (nouvelle antagoniste à la beauté terrassante) : tout cela donne au film une vibration intime qui dépasse largement ses limites structurelles. Cameron continue de penser son blockbuster comme un mélodrame familial géant, où chaque bataille n’est que l’extension d’une histoire de transmission. Certaines scènes, notamment autour des visions de Kiri ou des rituels du peuple des cendres, atteignent une intensité mystique, rappelant que Pandora reste un laboratoire d’émotions autant qu’un terrain de jeu visuel.
Et même si la chair technologique ne surprend plus, le film aligne une série de tableaux qui témoignent de la puissance intacte de son metteur en scène : paysages brûlés rongés par le vent, cérémonies nocturnes où la nature semble respirer comme un organisme unique, affrontements d’une fluidité presque chorégraphique. Cameron n’invente plus la forme ; il la perfectionne.
Alors, Avatar 3 est-il un rendez-vous manqué ? Par moments, oui - par son manque de prise de risque, par ses répétitions ou des béances narratives trop visibles. Mais il demeure aussi l’œuvre d’un cinéaste qui refuse la reddition, qui préfère approfondir son monde plutôt que le réinventer à chaque chapitre. Cameron ne cherche plus à révolutionner Pandora : il veut l’habiter. Et malgré les redites, malgré l’absence de choc technologique, on se surprend encore, lorsque les dernières images s’évanouissent, à attendre déjà la suite. Comme si, dans la braise encore chaude de De Feu et de Cendres, brûlait la promesse persistante d’un mythe qui n’a pas encore tout dit.
Ah si, il y a bien une forme de nouveauté qui se glisse ça et là, dans le film. Discrète et involontaire : l’apparition, par endroits, d’un certain ennui, ce frisson inattendu qui rappelle qu’un univers aussi parfait soit-il peut finir par s’user, et qu’il appartient désormais à Cameron de redonner à Pandora l’éclat fragile de l’inconnu.







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