Les deux réalisatrices des Pires retrouvent les personnages de leur web série Tu préfères pour une irrésistible chronique d’été, au cœur d’une colonie de vacances. Un grand film sur la jeunesse d’aujourd’hui. Rencontre.
Est-ce que l’idée de Ma frère existait déjà dans vos têtes avant la sortie des Pires ?
Romane Guéret : Oui et ça nous a permis d’éviter la fameuse question du film d’après… Ma frère est vraiment né de l’envie de retrouver au cinéma Shirel Nataf, Fanta Kebe, Zakaria- Tayeb Lazab et Mouctar Diawara, qu’on avait rencontrés quand ils avaient 11-12 ans et qui avaient déjà été au cœur de la naissance de la série Tu préfères, tournée pendant l’écriture des Pires. C’était agréable d’avoir, dès la sortie en salles de celui- ci, une idée en gestation qu’on aimait très fort et dont on a pu s’en emparer facilement.
Comment s’est construit son écriture ?
Lise Akoka : Elle s’est déployée sur trois ans avec notre co- scénariste Catherine Paillé en nous appuyant à la fois sur de nombreuses immersions dans des colonies de vacances et des ateliers d’improvisation à Montreuil avec des enfants. Nous avons énormément de notes, enregistré des moments, puis nous avons tout retranscrit dans un répertoire gigantesque de milliers de pages à l’intérieur duquel on piochait. Et de tout cela est né un scénario de 130 pages.
MA FRERE : NOTRE PREMIER COUP DE CŒUR DE 2026 [CRITIQUE]
Vous qui travaillez sur et auprès de la jeunesse depuis toutes ces années, qu’est ce qui vous a sauté aux yeux et aux oreilles au fil de ce temps passé à les côtoyer ?
RG : La façon qu’ont ces enfants de réinventer la langue, en mêlant l’argot à un français très littéraire. A travers Ma frère, nous voulions rendre hommage à leur intelligence et leur humour. Et ce en nous situant en permanence à leur hauteur, jamais à la hauteur des adultes que nous sommes. Et on les a trouvés bien plus ouverts que nous étions sans doute à leur âge et que le nombre d’adultes d’aujourd’hui !
Vous retrouvez donc ici Shirel Nataf qu’on avait vu aussi depuis Tu préfères, dans On est fait pour s’entendre de Pascal Elbé, Fifi de Jeanne Aslan et Paul Saintillan et Petites de Julie Lerat-Gersant et qui sera le 26 mars dans Les Filles du ciel de Bérangère McNeese. Comment l’aviez- vous découverte ?
LA : Je les ai rencontrées elle et Fanta - dans nos têtes, on est incapables de les séparer – quand elle avait 11 ans, sur La Mélodie de Rachid Hami où j’étais coach enfant qui se tournait dans leur quartier, Place des Fêtes, à Paris. Elles avaient été découvertes sur casting sauvage en sortant de leur lycée. Comme Fanta, Shirel n’avait jamais joué, jamais même rêvé de cinéma. Et pourtant elle avait tout : une aisance totale, une liberté folle, une capacité à se foutre totalement de l’image qu’elle renvoie, un naturel désarmant, un charisme incroyable. Ca reste un mystère fascinant !
RG : Ce qui devait se construire chez elle, c’était moins le jeu — qu'elle possédait instinctivement — que la capacité à évoluer dans un milieu totalement étranger au sien : les codes, la discipline, le travail. Et on l’a vu gagner en maturité au fil des ans.
LA : Elle est toujours juste, même quand elle ne comprend pas encore complètement ce qu’elle joue. Elle a une force de travail phénoménale. Personne dans son entourage ne l’avait poussée à faire ça ; elle s'est battue seule, par plaisir pur de jouer. Ce n’est pas seulement une « nature. Elle et Fanta ont une capacité rare à convoquer des émotions profondes. Ce sont des petites filles devenues jeunes femmes, qui ont été abîmées par la vie et une enfance difficile. Et le cinéma a agi comme une catharsis qui leur a permis de transformer tout cela en puissance artistique.
Face à elles, on retrouve un seul visage connu dans Ma frère : Amel Bent. Qu’est ce qui vous a donné envie de lui confier le rôle de Sabrina, la directrice de cette colonie de vacances ?
LA : Pour ce rôle, on était très ouvertes. On a fait du casting sauvage mais vu aussi des comédiens professionnels. On a pensé à Amel car elle vient de La Courneuve et son histoire résonnait beaucoup avec celle de Sabrina. Elle n’avait quasiment jamais joué à part un téléfilm, Les Sandales blanches, en 2021. Elle était très stressée, mais elle a énormément travaillé. Pour décrocher le rôle puis pour l’incarner. Et surtout, elle comprenait très vite ce qu’on lui demandait. C’est une artiste, une vraie. Et puis il y a eu une alchimie immédiate avec Shirel et Fanta et, sur le tournage, elle s’est vraiment occupée des enfants. Elle est devenue Sabrina !
Les Pires. De Lise Akoka et Romane Guéret. Avec Shirel Nataf, Fanta Kebe, Amel Bent… Durée : 1h52. Sortie le 7 février 2025







Commentaires