Affiches Sorties de la semaine du 24 septembre 2025
Warner/ L'Atelier Distribution/ Tandem

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
UNE BATAILLE APRES L’AUTRE ★★★★★

De Paul Thomas Anderson

L’essentiel

Un ancien révolutionnaire repart au combat quand sa fille métisse est menacée par un militaire raciste fou furieux… La rencontre au sommet DiCaprio / PTA débouche sur une comédie d’action euphorisante, un shoot d’adrénaline et de grand cinéma américain. 

Le nouveau PTA est lointainement inspiré de Vineland de Thomas Pynchon qui racontait la gueule de bois d’activistes radicaux des sixties en plein retour de bâton conservateur dans les années 80. Mais le cinéaste a eu l’idée géniale de transposer cette intrigue dans l’Amérique contemporaine. Une manière de dire que la chape de plomb trumpienne qui s’abat actuellement sur les Etats-Unis est l’aboutissement d’une contre-révolution entamée de longue date, en réaction au militantisme soixante-huitard. Fuyant cependant comme la peste le prêchi-prêcha politique, PTA se sert de ce brouillage des repères pour inventer une vision poétique de l’histoire US. Et passé un premier acte où il malaxe, avec une fluidité et une musicalité époustouflantes, quantité de personnages, de lieux, d’informations, le film se met à foncer vers son point d’arrivée, calant son rythme-cartoon sur celui du personnage de DiCaprio (encore une fois génial), ancien activiste déphasé mais finalement trop heureux de reprendre les armes pour sauver sa fille métisse (Chase Infinity) des griffes d’un militaire fou furieux (Sean Penn). Un film à l’énergie démente, qui laisse son spectateur un grand sourire aux lèvres.

Frédéric Foubert

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PREMIÈRE A AIME

MUGANGA- CELUI QUI SOIGNE ★★★☆☆

De Marie- Hélène Roux

Pour son premier long, Marie- Hélène Roux a choisi de s’emparer de la figure du docteur Mukwege, médecin congolais récompensé du Prix Nobel 2018 pour avoir soigné des milliers de femmes victimes de mutilations génitales dans son pays. Triplement récompensé à Angoulême, par le public, les jurys étudiants et professionnel via le prix d’interprétation, ce film s’appuie sur le livre écrit par Mukwege et son collègue belge Bernard Cadière. Un film choc qui saisit par le côté insoutenable des tragédies vécues par ses femmes sans jamais basculer dans la complaisance ou le sensationnalisme. Grâce à sa mise en scène consciente des limites à ne pas franchir comme du besoin de donner à voir pour comprendre l’horreur. Mais aussi à la manière dont Isaach de Bankolé a embrassé ce personnage sans chercher à l’héroïser. Pour ne pas le trahir.

Thierry Cheze

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PUT YOUR SOUL ON YOUR HAND AND WALK ★★★☆☆

De Sepideh Farsi

Put Your Soul on Your Hand and Walk n’est pas seulement le portrait d’une jeune Palestinienne. C’est désormais la résurrection symbolique d’une femme assassinée. Fatem Hassona, photojournaliste de 25 ans survit dans la bande de Gaza. A travers l’écran fragile de son téléphone, elle se confie à la cinéaste : la faim, la peur, mais aussi les éclats de joie minuscule, l’humour qui affleure malgré tout. Pendant une heure cinquante, le spectateur vit au rythme de ce flux de confidences et de ces connexions interrompues. Son sourire lumineux défie l’effacement. Pourtant, Fatem n’existe plus : elle a été tuée dans une frappe israélienne avant même que ce film ne nous parvienne. Et cette révélation bouleverse totalement la réception du documentaire. Chaque image devient empreinte, chaque silence, écho. Face à la mort, ce documentaire oppose une persistance lumineuse. Le visage de Fatem, disparu du monde mais sauvé par l’image, risque de nous hanter très longtemps.

Gaël Golhen

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PANOPTICON ★★★☆☆

De George Sikharulidze

18 ans. L’âge de tous les possibles mais aussi et surtout dans le cas du héros de ce premier long géorgien, celui de toutes les pulsions, même les plus violentes. Un ado introverti chez qui le choix de son père de devenir moine orthodoxe fait naître une foule de doutes, à commencer par son extrême difficulté à concilier son rapport à la religion et ses désirs sexuels. Mis en scène avec une grande maîtrise, Panopticon frappe surtout par sa capacité à faire tenir sans ne rien survoler, la multitude des sujets abordés en 1h30. Certains devraient en prendre de la graine.

Thierry Cheze

KONTINENTAL’ 25 ★★★☆☆

De Radu Jude

Les amateurs de Radu Jude sont aux anges en cette rentrée. Car peu avant son très attendu Dracula (en salles le 15 octobre), déboule dans nos salles son film précédent, primé pour son scénario à la Berlinale en février dernier. Celui- ci nous entraîne à Cluj, en Transylvanie, où une huissière de justice doit expulser un sans- abri du sous- sol d’un immeuble du centre- ville qui s’apprête à devenir un hôtel de luxe sans se douter un instant de l’issue tragique de cette mission au fond assez banale pour elle. Et avec son sens aiguisé de l’humour noir capable de pousser au maximum les curseurs de l’absurde en partant de situations on ne peut plus réalistes et concrètes, Jude poursuit son dézingage en règle de la société roumaine telle qu’il la perçoit de l’intérieur. Dévorée peu à peu par les ravages d’un ultra- capitalisme sans vergogne et un nationalisme de plus en plus décomplexé. La tragi- comédie humaine dans toute sa splendeur.

Thierry Cheze

A 2000 METRES D’ANDRIIVKA ★★★☆☆

De Mstyslav Chernov

Après le saisissant 20 jours à Marioupol, Oscar du documentaire 2024, l’ukrainien Msytslav Chernov continue de documenter la guerre russo- ukrainienne en plongeant au cœur de la résistance ukrainienne. Avec le parti pris pertinent de se concentrer sur un lieu et une unité unique : la 3ème brigade d’assaut chargée de reprendre un village stratégique tombé dans les mains de l’ennemi en traversant 2 km de forêt, où le danger est partout. Chernoy embrasse la situation par trois angles complémentaires. Des images de sa bodycam qui nous immerge sans filtre dans l’action. Des plans de drone permettant de visualiser l’état de dévastation de la région. Et des scènes poignantes d’échange avec ces militaires volontaires. A 2000 mètres d’Andriivka aurait gagné à aller au bout d’une certaine radicalité en se passant de cette BO omniprésente qui empêche de faire du son réel un personnage à part entière du film. Mais il reste un témoignage d’une puissance inouïe. Et essentiel.

Thierry Cheze

TWST- THINGS WE SAID TODAY ★★★☆☆

De Andrej Ujic

Tiens, un documentaire sur les Beatles ! Voilà qui est original… Sauf que Things we said today, contrairement à ce que son titre (emprunté à une chanson des Fab Four) laisse penser, n’est pas vraiment un documentaire sur les Beatles. Il faut dire que Andrei Ujica (L’Autobiographie de Nicolae Ceaucescu) n’est pas un documentariste comme les autres. Ici, il part des images montrant l’arrivée des Beatles à New York le 13 août 1965 (à l’occasion de leur concert au Shea Stadium) pour composer ensuite un collage, mêlant reportages d’époque, vieux films familiaux en 8mm et quelques images générées par IA, qui donne au spectateur la sensation d’errer dans la Grosse Pomme, le temps d’un week-end, dans les pas de quelques « personnages », représentés par des dessins griffonnés sur les archives. Le concept est funambule, pas évident à appréhender, mais le film laisse une étonnante sensation de voyage spatio-temporel éthéré.

Frédéric Foubert

DISCO AFRIKA : UNE HISTOIRE MALGACHE ★★★☆☆

De Luck Razanajaona

« Je sais maintenant que ce ne sont pas des pierres que tu tires ta force mais des âmes courageuses qui t’ont donné leur sang. » entend-on. « La pierre » étant le précieux saphir que les jeunes tentent d’extraire pour survivre. Le héros, 20 ans, est arrivé au bout de sa quête du père disparu dont le fantôme révolté ne cesse de l’habiter. L’île de Madagascar qui sert de socle à ce drame en forme de quête existentielle est le théâtre d’une fragilité socio-culturelle obligeant sa jeunesse à regarder la violence dans les yeux. Porté par un jeune comédien charismatique, cet émouvant récit vise juste.

Thomas Baurez

TITOUAN, LES ENFANTS DU CORAIL ★★★☆☆

De Karim Mahjouba

Dans un grand voyage au cœur des paysages bleu turquoise de la Polynésie française, Karim Mahdjouba livre un récit écologique, intimiste et plein d’espoir. Avec une volonté assumée de sensibiliser au réchauffement climatique, Titouan, les enfants du corail dresse un magnifique portrait d’une jeunesse engagée dans la protection des récifs coralliens. En expédition sur l’île de Moorea, on y fait la découverte des Coral Gardeners : ce groupe d’amis surfeurs partis de rien et aujourd’hui à l’initiative d’un mouvement d’ampleur en matière de restauration corallienne. Grâce à des avancées scientifiques et technologiques destinées à acquérir les meilleures méthodes de bouturage, ce petit collectif devient rapidement une référence internationale qui compte parmi ses rangs de nombreux chercheurs du monde entier. A leurs côtés et grâce à des images sous-marines à couper le souffle, on découvre au fil de l’eau les multiples propriétés de ces petits organismes marins.

Marie Janeyriat

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

CLASSE MOYENNE ★★☆☆☆

De Antony Cordier

Deux couples ici se font la guerre : des propriétaires arrogants vs. des prolos sympatoches au service des premiers à l’entretien de leur belle maison. La répartition des rôles n’a pas dû être difficile à définir chacun des interprètes jouant sa partition attendue :  Lafitte mèche faussement rebelle et sourire ultra- brite, Bouchez femme d’intérieur autosuffisante vs. Calamy en mode rentre-dedans et Ramzy l’air faussement ahuri pour dynamiter ce qui doit l’être. Antony Cordier semble d’abord jouer à plein sur ces deux pôles qui à force de frottements pourraient trouver un terrain d’entente, fait de compromis… une moyenne en somme. Et après une mise en place énergique plutôt marrante, Cordier cherche à tout prix le point de rupture. S’il distille du malaise par la domination (y compris sexuelle), il ne cesse de rectifier le tir comme s’il lui fallait prendre le soin de punir les fautes supposées des uns et des autres. Jusqu’à un final bien balourd qui met la balle au centre. Moyen.

Thomas Baurez

REMBRANDT ★★☆☆☆

De Pierre Schoeller

Passionnés d’histoire de l’art, ne vous méprenez pas : le lien de Rembrandt avec le peintre néerlandais s’arrête au titre. Si le film s’ouvre bel et bien sur la visite de la National Gallery à Londres, où  le couple que forme Claire et Yves y découvre trois toiles de l’artiste, la raison de leur impact déterminant sur le personnage incarné par Camille Cottin ne sera jamais éclaircie. Suite à cette rencontre du troisième type, Claire se renferme sur elle-même. Son mari joué par Roman Duris se surprend à ne plus la reconnaître, en particulier lorsqu’elle entreprend de renverser l’industrie à laquelle ils ont consacré leur vie professionnelle : le nucléaire. Au cœur de ce scénario nébuleux se décèle un message relatif à l’urgence climatique, entravé par le mystère injustifié qui entoure la protagoniste. Finalement, l’incapacité à décoder ses motivations ne suscite qu’une seule chose : de la frustration.

Lucie Chiquer

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

TKT ★☆☆☆☆

De Solange Cicurel

Emma, ado victime de harcèlement, est plongée dans le coma. Mais son âme s’échappe et elle devient la spectatrice fantomatique de son propre drame. Et va alors essayer de comprendre comment elle en est arrivée là. Le dispositif évoque Ghost, mais transposé au bullying. Sincère et sans doute utile, TKT ressemble malheureusement plus à un spot de prévention qu’à un vrai film : narration linéaire, messages appuyés, dialogues maladroits. Louable, mais pas très intéressant.

Gaël Golhen

 

 

Et aussi                                                                                                                    

Le Million, de Grégoire Vigneron           

Silent shot, de Karim Mahjouba

Les reprises

La Lame diabolique, de Kenji Misumi           

Quand souffle le vent, de Jimmy T. Murakami